Karima Benoune – ‎”Nos ancêtres auraient tué toutes ces femmes” : la signification des viols ‎djihadiste en Algérie des années 1990‎

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Karima Benoune

Installation par Mustapha Ben Fodil : Maportaliche.

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Mes nuits étaient hantées de tous les cris de ces vestales qu’ils avaient 

Griffées Molestées Mutilées Mordues Mangées

VIOLÉES

ASSASSINÉES…

Une forêt de mille barbes 

Barbes barbares

Viande halal …

De chaque fragment de mon intimité sort un bâtard

et de chaque fantasme religieux une infamie [1]

Mustapha Benfodil

 

Le fait de cibler les corps des femmes et de les utiliser comme champ de bataille fait en sorte que le genre est au cœur de la question du terrorisme islamique. Infliger des violences sur le corps des femmes est un moyen de les contrôler et de les terroriser.[2]

Zahia Smail Salhi

 

Comment pouvons-nous agir comme si les années 90 n’avaient jamais existé? [3]

Cherifa Bouatta

I.              Introduction: Eches de la “Décennie Noire”

Le viol et les abus sexuels Durant les conflits armés, comme celui qui a eu lieu en Algérie au cours des années 1990, aux mains de groupes armés non étatiques, ont été parmi les crimes les plus graves au regard du droit international. Comme l’ont noté les Rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur la torture, ce traitement constitue une forme de torture, une des  violations les plus elevees parmi le jus cogens des normes du droit international.[4]  Comme l’a réitérée la résolution 2106 du Conseil de sécurité, le viol peut constituer un crime de guerre, un crime contre l’humanité ou même un acte de génocide.[5] Souvent, comme ce fut le cas dans les années 90 en Algérie, ces abus furent accompagnés de mariage forcés, de grossesses forcées et d’esclavage sexuel systématique. [6] En plus des progrès dans notre compréhension de ces pratiques trop souvent communes, il y a eu des avancées légales importantes dans la lutte contre le viol en temps de guerre. Par exemple, bien qu’historiquement les tribunaux internationaux aient bien trop souvent échoué a protéger les femmes victims de viol, ils ont neéanmoins commencé à poursuivre les cas d’abus sexuels dans les conflits armés dans certains pays (malheureusement cela ne concerne pas le traumatisme algérien des années 1990).[7]  Pourtant, malgré les poursuites internationales qui ont eu lieu, les violences sexuelles durant les conflits armés dans de nombreuses régions du monde menées par des hommes de diverses nationalités, d’idéologies et  de coryances religieuses demeurent un fléau répandu[8]  et, comme en Algérie, l’impunité et le silence demeurent la règle plutôt que l’exception.

Les groupes armés djihadistes contemporains basés dans des pays, allant du Nigéria à l’Irak, sont les héritiers idéologiques de ceux qui ont terrorisé l’Algérie au cours des années 1990. Ils sont parmi ceux qui, autour du monde, pratiquent aujourd’hui le viol systématique et l’esclavage sexuel dans les conflits armés. [9] Ils enlèvent massivements des femmes et de filles en se battant pour ce qu’ils appellent un «État Islamique».[10]  En insistant pour que les femmes soient pures, ils les violent collectivement. Ces atrocités ont eu un écho international avec l’enlèvement des 276 filles Chibok par Boko Haram dans le nord du Nigeria au printemps 2014. [11] Boko Haram a ouvertement revendiqué sa responsabilité: «J’ai enlevé vos filles», a déclaré son chef Abubakar Shekau, souriant, dans une vidéo qui circulait peu de temps après le raid. “Je les vendrai sur le marché, par Allah”. [12] Aussi horrifiants que soient ces événements, ils n’étonnèrent quiconque qui avait suivi de près la situation en Algérie dans années 1990. Sinistrement, ces événements étaient familiers.

Durant les premières années de ce qu’on nomma la «décennie noire»[13] en Algérie, de 1993 à 1997, des milliers de femmes ont été enlevées par des groupes armés, des  fondamentalistes qui luttaient contre l’Etat algérien. [14] 5000 cas femmes violées  par ces groupes ont été officiellement signalés de 1993 à 1997. [15] Le nombre réel de victimes est considéré par des experts, tels que la journaliste Salima Tlemcani, être considérablement plus élevé. [16]  Cependant, en raison de la stigmatisation sociale en matière de viol en Algérie, ainsi que du climat généralisé d’impunité pour les abus des années 1990, très peu de victimes ont publiquement parlé de leurs expériences. [17]

Un autre fait regrettable est que très peu d’observateurs internationaux ont suivi ces événements de près, à l’époque ou depuis. Presque aucun documentaire sur ces crimes contre l’humanité ne se trouve dans la littérature anglaise, à l’exception des efforts de certains groupes algériens de défense des droits des femmes, de défenseurs des droits de l’Homme des femmes algériennes (DDHF) et de quelques journalistes algériens, presque personne n’a documenté les atrocités des années 1990. Même les principaux groupes internationaux de défense des Droits de l’Homme ont échoué, [18] aucun d’entre eux n’ayant jamais publié un seul rapport axé sur ce sujet en anglais. [19] Cela signifie que l’histoire de ces atrocités a disparu à l’échelle nationale et internationale et risque d’être mise à l’écart des récits des années 90. Ce serait une injustice à la fois pour ces victimes, mais aussi pour ceux et celles qui risquent aujourd’hui d’être victimes de violences similaires.

Nous devons documenter cette histoire dans une quête de justice et de reconnaissance, mais nous devons également tirer les leçons des expériences des femmes algériennes qui ont subi des viols djihadistes dans les années 90 afin de mieux lutter contre les abus similaires aujourd’hui. À cette fin, cet article vise sur la base de recherches sur le terrain menées en Algérie, à combler cette lacune, et cela en rendant accessible le travail d’experts algériens sur ce sujet aux lecteurs anglais. La tâche est à la fois de documenter ces atrocités, mais aussi de les interpréter afin de comprendre la signification du viol encore utilisé par les groupes djihadistes aujourd’hui.

II.            “Il avait droit à toutes les femmes qu’Il Voulait”: Histoire du viol de masse jihadiste en Algérie durant les années 1990.

Au cours de la «décennie noire», la population majoritairement musulmane d’Algérie a été terrorisée par des groupes armés fondamentalistes qui essayaient de prendre le pouvoir et imposer leur propre versio impitoyable, d’un «État Islamique». Dans ce processus, les djihadistes ont peut-être tué 100 000 à 200 000 personnes. [20] Ils ont ouvertement admis nombre de leurs crimes. “Lorsque vous entendez des tueries et des égorgements dans un village ou une ville”, a expliqué le commandant de GIA, Abou el Moundhir dans le journal international de son groupe, “vous devriez savoir … c’est l’application des communiqués du GIA qui nous ordonnent de faire du bien et de combattre le mal”.[21] Il a assuré aux lecteurs que leurs hommes ne tuaient que “ceux qui méritaient de mourir”. Il ne fait aucun doute que l’État algérien a également eu du sang sur ses mains en ce qui concerne les abus des années 1990 qui comprenaient des exécutions extrajudiciaires, quelque 8 000 disparitions forcées et des cas de torture. Cependant, les atrocités des opposants armés étaient répandues et systématiques, pour utiliser les termes du droit pénal international, et inimaginables. Elles constituaient la majeure partie des actes de violence dans le pays au cours de la «décennie noire».[22]

Certes, certaines femmes étaient aussi parmi les victimes de l’État, bien qu’elles furent beaucoup moins nombreuses que celles qui étaient systématiquement maltraitées par les fondamentalistes. Comme l’a souligné le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la violence à l’égard des femmes en 1998:

Bien que les hommes et les femmes soient des cibles, et les deux parties sont coupables de violations des droits de l’homme, l’opposition islamique armée réserve un traitement particulièrement severe à l’encontre des femmes qui ne se conforment pas à leurs strictes prescriptions, y compris les femmes non voilées, les professionnelles et les indépendantes, les célibataires ou celles vivant seules. Ils se livrent également à des mariages forcés et à d’autres formes d’enlèvement de femmes vivant dans les zones sous leur contrôle. [23]

En ce qui concerne les enlèvements mentionnés par le Rapporteur, les femmes kidnappées par les groupes fondamentalistes armés algériens au cours de la «décennie noire» ont été retrouvées le plus souvent mortes – habituellement eégorgées ou leurs corps mutilés. [24] Ces femmes enlevées, qui ont survécu à leurs enlèvements, furent considérées comme «sabayas»,[25] comme faisant partie du butin de guerre et ont été réduites à l’esclavage domestique et sexuel. (Parfois, ells ont été utiliséss en tant que boucliers humains par des terroristes échappant aux forces de sécurité de l’État. [26]). Comme le butin de guerre, les sabayas ont été réparties, les plus attirantes furent d’abord violées d’abord par l’émir ou le commandant du groupe armé, et ensuite passées à d’autres hommes, peut-être jusqu’à 50 hommes ou plus.

De telles pratiques n’étaient pas dues au hasard, mais étaient plutôt le résultat d’une stratégie ordonnée et explicite. Les viols étaient «systématiques, planifiés et justifiés [ce qui signifie que leurs auteurs et les groupes armés qu’ils servaient ont utilises des  arguments précisément élaborés pour justifier la pratique]»). [27] Par exemple, le commandant du groupe islamique armé Antar Zouabri aurait ordonné à ses hommes de «capturer les partisans des tyrans[28] dans leurs villages,  de les éradiquer, détruire leurs champs, capturer leurs femmes et confisquer leurs biens”. [29]  Tout cela était considéré comme une ” offrande à Dieu “.[30] Avec une ironie tragique, les survivantes de ces viols massifs, elles-mêmes presque entièrement femmes d’héritage musulman, ont souvent déclaré qu’elles utilisaient des arguments religieux pour essayer de convaincre leurs assaillants de s’arrêter, mais en vain. Selon les mots d’une victime appelée Aicha, kidnappée après un massacre dans la ville de Blida dans la région du pays alors connue sous le nom de «Triangle de la mort», lorsque l’ «Emir» est venu la violer, «je l’ai supplié en disant que ce qu’il faisait était un péché. Il m’a poussée violemment au sol et m’a dit qu’il était un mujahid [un guerrier sacré] et avait donc droit à toutes les femmes qu’il voulait”. [31]

Les années 1994-1995 et 1997 auraient été les pires années en ce qui concerne les attaques contre les femmes.[32] Le bilan documentaire des événements des années 1990 existant se trouve en grande partie en Algérie et comprend des statistiques officielles qui ont été rendues publiques, par le travail des DDHF algériennes qui a largement été achevé dans les années 90 ou peu de temps après, et des compte-rendus par des journalistes algériens – tous incomplets. Le premier viol enregistré lors du conflit a apparemment eu lieu dans la ville de Bouira et, selon la journaliste Abla Cherif, «aussi paradoxal que cela puisse paraître», la victime était la femme d’un Imam qui abritait un groupe d’hommes armés. Ces mêmes hommes ont ensuite violé collectivement la femme identifiée uniquement comme B. Akila. [33]

De nombreuses journalistes algériennes ont essayé de faire une chronique de ces histoires impensables, risquant leur vie. J’ai longuement interviewé la journaliste algérienne, utilisant le pseudonyme[34] Salima Tlemcani, sur les viols perpétrés par des membres des groupes armés fondamentalistes. Elle avait entrepris une vaste recherche sur ce sujet à l’époque. Tlemcani a décrit l’impact des viols: «Emmener les jeunes filles à peine sorties de la puberté et les violer, des viols pratiquement collectifs, en les gardant comme esclaves sexuels, puis les tuant quand ells tombent enceintes. Et quelles morts horribles. [35] Vous pouvez écrire des livres et des livres … ». En janvier 1995, la militante des droits des femmes, Zazi Sadou, a écrit sur la Une du journal algérien El Watan à propos de celles – qu’elle estime alors à une centaine – qui ont été “enlevées dans une rue, à la porte de l’école, d’un magasin, enlevées devant leurs parents … détenues par des groupes armés terroristes pour offrir un ‘confort de guerrier’ aux pseudo-moujahidines …”. [36] Dans l’article de Sadou, Ouarda (son pseudonym) 17 ans témoigne avoir éteé enlevée dans une rue d’Alger, menacée d’un couteau, poussée loin de la capitale, gardée avec plus d’une douzaine d’autres femmes, brûlée sur ses cuisses avec des cigarettes, violée par plusieurs membres d’un groupe armé djihadiste malgré sa protestation selon laquelle “Dieu condamne cela”. Au point où elle a presque continuellement saigné, soumise à l’esclavage domestique et sexuel, terrorisée pendant des mois, obligée de regarder le meurtre de filles qui ont essayé de s’échapper, et même privée d’eau pour se laver, jusqu’à ce qu’elle fut sauvé plus tard par des villageois vigilants lorsqu’ils ont été déplacés d’un camp à l’autre. [37] Enregistrer ces témoignages et les publier sous sa signature, n’était pas un exploit facile pour Sadou qui était menacée par des groupes armés à l’époque. Toutes ces femmes journalistes ont risqué leur vie pour enregistrer et diffuser ces témoignages. Sadou et Tlemcani m’ont toutes deux dit qu’à l’époque, elles devaient se déplacer d’un endroit à l’autre presque continuellement pour des raisons de sécurité.

Cherifa Kheddar, le président de Djazairouna, l’Association algérienne des victimes du terrorisme islamiste s’est également mise en danger pour aider les femmes survivantes et les familles au cœur du «Triangle de la mort», la partie la plus dangereuse du pays au cours de ces années. Par conséquent, elle a entendu de nombreux témoignages de viols. Dans une interview détaillée sur le sujet, elle explique l’évolution et l’impact de ces pratiques:

Cela a commencé en général avec le mariage des terroristes qui étaient clandestins, avec la fille ou les soeurs d’autres terroristes. Cela s’est produit entre eux au début. Au début, une partie de la paysannerie donnait un soutien direct aux islamistes et acceptait quelque peu la notion de mariage temporaire. Ainsi, ces hommes, en particulier des familles de la paysannerie, ont donné leurs propres filles à ces terroristes. [38]

Elle raconte l’histoire de deux filles qui étaient mariées de cette façon par les membres masculins de la famille. Les filles auraient été torturées et assassinées avec leur mère dans la région de Birtouta, après que, avec le soutien de leur mère, elles aient refusé de se soumettre à ce «mariage». Les parties de leurs corps ont été trouvées largement dispersées sur un terrain.

Plus tard, selon Kheddar, lorsque les familles commencèrent  à comprendre la nature des groupes terroristes, elles refusèrent de donner leurs filles. À ce stade, «il y a eu beaucoup d’enlèvements de filles avec leurs familles tuées».[39] Elle m’a raconté l’histoire d’un homme qui était amputé et a été tué par les hommes armés qui sont venus enlever toutes ses filles.

L’homme aurait demandé à ceux qui l’ont assassiné juste avant de le faire: “Pourquoi tu me tuerais? Je ne peux rien faire pour vous arrêter. “Ils lui ont dit qu’ils ne pouvaient pas prendre ses filles pour être leurs esclaves aussi longtemps qu’il serait en vie. Dans ces circonstances, ils ont expliqué, les filles ne seraient pas considérées comme “halal” pour eux. Ils l’ont massacré devant son fils qui se cachait. En un instant, le mari a été assassiné, la grand-mère a été assassinée et les filles ont été enlevées. La mère est devenue folle à la recherche de ses filles pendant de nombreuses années et qui ne sont jamais revenus. [40]

Alors que la plupart des femmes ont été enlevées d’abord et ensuite violées, d’autres ont été victimes d’abus dans leurs propres maisons. Kheddar raconte l’histoire d’une femme qui a caché sa fille sous le lit lorsque des terroristes sont venus chez elle. “Quand ils ont commencé à la violer, elle a peur qu’ils violent sa fille, elle lui a fait des signes afin qu’elle reste cachée et ne bouge pas, alors qu’ils la violaient. Ils l’ont violée pendant des heures.”[41]

Ces conséquences tragiques ont été vécues par d’innombrables milliers de familles. Un article publié par le Collectif 95, un éminent groupe de défenseurs des droits des femmes de l’ensemble du Maghreb qui s’est réuni dans le cadre de la quatrième Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes, a produit un rapport en 1999 fortement documenté, suggérant qu’en l’espèce 5000 femmes avaient été soumises à cette pratique. [42] Salima Tlemcani m’a dit en 2010 que, si elle avait déjà mentionné le nombre de 5 000 viols, elle croyait “le nombre beaucoup plus élevé”.[43] Une femme nommée Aicha a déclaré avoir été violée à 50 reprises et avoir compté attentivement les agressions pour ne jamais oublier. [44]  L’Association Rachda, après avoir cité des chiffres, y compris un décompte officiel de 2000 cas de viols, et un chiffre de 8 000 proposé par des groupes de victimes du terrorisme, conclut que

Ce qui est certain, c’est que nous parlons d’un phénomène sur lequel il est extrêmement difficile d’être précis en raison de la réticence des fonctionnaires à fournir des informations et le refus ou la peur des victimes et de leurs familles de déclarer ouvertement le viol. [45]

Vus collectivement, ces rapports révèlent que très probablement au moins 8000 femmes, et peut-être beaucoup plus, ont été violées par les groupes armés fondamentalistes algériens en quelques années seulement.

III.         “Les Vers Mangeront Enfin Ma Honte”: l’État et la société répondent aux Viols

Les viols ne se sont pas terminés lorsque les agressions physiques se sont arrêtées. Les femmes ont souvent été attaquées à nouveau lorsqu’elles sont retournées dans leurs familles, dont certaines les ont répudiées, ou lorsque la société les a rejetées ou l’État qui a parfois refusé de les reconnaître. Pour Kheddar, une partie de la pression sur ces femmes pour ne pas parler était sociale, et une partie de celle-ci était politique, surtout dans les familles qui avaient, peut-être au début, soutenu les islamistes. [46] D’autres groups de DDHF se concentrent en particulier sur les attitudes sociales sous-jacentes à l’égard de la sexualité. Néanmoins, toutes ces formes d’humiliation se sont exprimées de manière morale, mais aussi de manière logistique et administrative tout aussi débilitantes. Les corps des femmes enceintes et des filles étaient en eux-mêmes des preuves de leur propre «déshonneur», par conséquence, ces femmes et ces filles étaient souvent cachées. Certaines survivantes ont lutté pour obtenir un avortement soit parce qu’elles étaient encore en captivité et qu’il était trop tard pour mettre fin à la grossesse, soit en raison du statut juridique de l’avortement en Algérie; ces femmes sont également devenues victimes de grossesses forcées.

L’article 72 du code de la santé, surnommé Fatwa de Guidoum d’après le chercheur et  ministre de la Santé, a dénoncé ouvertement et violemment les viols lors d’une réunion en 1995 et s’est engagé à aider les femmes victimes, autorisées à l’avortement “lorsque cela est indispensable pour sauver la vie de la mère ou pour préserver son équilibre psychologique “.[47]  Cependant, une Fatwa émise par le Haut Conseil islamique à Alger en avril 1998 à propos de femmes victimes de viol par les groupes armés fondamentalistes stipulait que, même pour elles « il est interdit d’avorter, sauf en cas d’absolue nécessité, parce que l’avortement est un crime “.[48]  Selon Salima Tlemcani, les médecins ont éventuellement pris le risque d’effectuer des avortements sur certaines de ces femmes malgré le droit algérien. [49]

De plus, les victimes de viol n’ont pas le statut de victimes du terrorisme ce qui aurait permis aux femmes en question d’être indemnisées par l’État. [50]  (Cet échec vient d’être corrigé par un décret exécutif le 4 février 2014. [51]) Salima Tlemcani relate qu’un fonctionnaire du gouvernement a déclaré que si ces femmes avaient reçu une indemnisation, en tant que victimes d’attentats terroristes ou de personnes qui ont perdu de la famille lors des assassinats de groupes armés, cela équivaudrait à de la prostitution, car il s’agissait de donner aux femmes un salaire pour ce qu’elles avaient souffert. “J’étais interloquée”, se rappelle Tlemcani. [52] Elle a expliqué que certains fonctionnaires locaux se sont engagés à essayer d’aider les femmes victimes individuelles en leur accordant un statut exceptionnel, mais que c’était une rareté.

Les réponses déficientes aux viols de certaines familles, de certains secteurs de la société et parfois de l’État ont re-victimisé de nombreuses survivantes et ont enveloppé leurs expériences derrière un voile d’opprobre. En fait, la stigmatisation était si intense que Leila Aslaoui a écrit dans son livre d’histoire sur le sort de nombreuses femmes algériennes, intitulé «Coupables», que de la perspective d’une victime «Je dois disparaître pour que les hommes dans ma famille puissent vivre en paix … Ce n’est que sous terre que les vers mangeront enfin ma honte”. [53]

IV.          Juste qui blasphème quand un viol est perpétré au  nom de Dieu? Obstacles à la Vérité et à la Justice

Le journaliste / écrivain / artiste algérien Mustapha Benfodil, lui-même victime de la violence fondamentaliste des années 1990, dépeint ouvertement dans son travail la violence de la «décennie noire» et la réalité du viol dans la société algérienne. [54]  Son audacieuse adaptation des mots d’une femme, qui a survécu à une de ces atrocités réelles, a conduit à son installation artistique appelée “Maportaliche (Cela n’a pas d’importance) Écritures”  à être entièrement effacée sur les ordres de l’émir de Sharjah à la Biennale 2011 de Sharjah, l’un des festivals les plus importants du monde arabe. [55] Le directeur du festival a également été congédié pour avoir permis l’affichage de l’installation. Benfodil a ensuite écrit:

Certains des spectateurs et organisateurs ont critiqué ce texte comme obscène et blasphématoire. En effet, il se peut que les mots et la description puissent être interprétés comme pornographiques. La vérité est que cette séquence est un récit hallucinatoire d’un viol de jeunes femmes par des jihadistes fanatiques, représentant l’islamisme radical connu dans mon pays pendant la guerre civile dans les années 1990. Les mots peuvent être choquants, mais c’est parce que rien n’est plus choquant que le viol lui-même, et tous les mots du monde ne peuvent pas dire la souffrance atroce d’un corps mutilé. Ce qui est dit ici n’est malheureusement pas une fiction. Des milliers de femmes en Algérie ont subi un tel sort pendant le conflit, une vérité qui n’a pas été assez souvent racontée … [56]

Peu de temps après que le travail de Benfodil ait été détruit parce qu’il comprenait un texte qui a tenté de transmettre cette réalité, un converti musulman britannique appelé Abdal Hakim Murad (Timothy J. Winter),  conférencier de la chaire Sheikh Zayed des études islamiques à l’Université de Cambridge, a attaqué l’artiste algérien dans The Art Newspaper, affirmant que son travail avait un «contenu irréligieux» et était «enraciné dans le rejet moderne du sacré».[57] En Afrique du Nord, où les groupes armés fondamentalistes étaient encore actifs, mais pas à l’échelle des années 1990, ces accusations sont potentiellement dangereuses pour l’artiste. Sans se laisser démonter, Benfodil a répondu:

Ce texte a été interprété comme une attaque contre l’islam. Permettez-moi de préciser que le discours de Sherifa se réfère à un dieu phallocrate, barbare et fondamentalement liberticide. C’est le dieu du GIA, le groupe islamique armé, cette secte sinistre qui a violé, violenté et massacré des dizaines de milliers de Sherifas au nom d’un paradigme révolutionnaire pathologique, supposé être inspiré par l’éthique coranique. Sans vouloir me justifier, je dois simplement souligner que mon Dieu n’a rien à voir avec les divinités destructrices dévastatrices revendiquées par ces mouvements millénaristes algériens … [58]

Bien sûr, les viols par groupes prétendant agir au nom de Dieu devraient être considérés comme un blasphème – mais c’est le fait qu’ils sont révélés et dénoncés, ce qui est souvent considéré inacceptable à la fois à l’intérieur du pays et même à l’étranger. Le texte de Benfodil n’est pas une fiction. Il adapte les mots d’une réelle survivante qui décrivait de manière acébaine et hallucinatoire ces agressions sexuelles par ceux qui prétendaient être les guerriers de Dieu comme une expérience de

“Être béni

Par la sainte parole pénétrante d’Allah

Le sperme de ses Prophètes

Et la saleté de ses apôtres” [59]

Benfodil ne tentait pas de choquer pour son propre intérêt, mais essayait plutôt d’honnêtement livrer une chronique de la sauvagerie de ce récent passé dans son propre pays, de rappeler en versets les crimes internationaux commis contre les femmes là-bas, et de condamner la tentative d’utiliser le discours religieux pour les justifier. Pourtant, certaines choses sont simplement perçues comme indescriptibles, que ce soit en poésie, en prose ou en témoignage. Au cours de cette recherche, j’ai compris l’utilisation par Benfodil des lettres majuscules dans sa strophe interdite. “VIOLÉE TUÉE “. C’est une proclamation contre ce silence.

Tout comme il y avait peu d’espace pour dénoncer les viols à la maison ou à l’étranger, il n’y avait pas plus de prise de position ni au niveau international, ni domestique.[60] À l’intérieur du pays, la Charte pour la paix et la réconciliation nationale en 2005 de l’Algérie a codifié l’impunité presque totale pour de nombreux auteurs de la décennie noire, étatiques et non étatiques.[61] “Les deux parties ont décidé de s’amnistier. Les victimes n’ont jamais pu dire un mot à ce sujet “, a souligné l’avocat algérien et le défenseur des droits de la victime, Adnane Bouchaïb. [62]  Le viol – ainsi que les massacres collectifs et l’utilisation d’explosifs dans les lieux publics – n’était pas un crime pour lequel les auteurs étaient censés bénéficier d’une amnistie, conformément à l’article 10 de la Charte. Néanmoins, dans la pratique, la «réconciliation» a suspendu presque tous les processus officiels de recherche de la vérité ou de la responsabilité – même des enquêtes judiciaires sur les fosses communes. La Charte criminalise même certaines formes de débat public sur le conflit. Cela a procuré au pays une amnésie officielle bizarre, alors qu’aucun individu de plus d’une vingtain d’années n’a oublié ce qui s’est passé. Ce paradoxe est très grave pour les familles des victimes. «Maintenant, nous nous trouvons avec d’anciens terroristes, dans de petits villages où tout le monde connaît tout le monde», explique Bouchaïb. Cette pénurie de responsabilité reflète et magnifie le silence social des victimes de viol. Comment peut-on sortir de ces cycles d’effacement et de l’impunité qui en découle?

Bien qu’il y ait eu des omissions, fermetures et blocages nationaux et internationaux qui ont entouré les viols massifs des années 1990, il y a eu aussi des ouvertures surprenantes que ces atrocités ont permises sur la scène locale. Un des paradoxes intéressants a été décrit par l’avocate algérienne des droits de l’homme Nadia Aït Zai qui dirige le Centre d’information sur les droits des enfants et des femmes. Elle note que, malgré le silence généralisé sur l’esclavage sexuel des années 90, le traumatisme des viols massifs effectué par les fondamentalistes a effectivement ouvert de nouveaux espaces aux DDHF algériens pour parler de toutes les formes de violence à l’égard des femmes, en commençant par la violence sexuelle. “Nous avons commencé”, dit-elle, “de parler de l’autre violence”.Il y a  plus de discussions ouvertes sur les viols commis dans les années 90 que par le passé, ainsi que d’autres sujets tel que  les abus sexuel commis soit dans la famille ou dans la communauté ou même encore ce qui fut commis par les forces françaises pendant la guerre d’indépendance. [63] Par conséquent, le rapport d’un séminaire du ministère algérien de la santé de 2001 soutient que

Pendant cette période, pour la première fois, certains ont parlé ouvertement de la violence sexuelle à l’égard des femmes et, malgré la peur, la honte et le poids des tabous, une poignée de femmes victimes de violences sexuelles ont osé braver la loi du silence – leurs mots étant relayés par les médias et les associations de femmes pour dénoncer les mauvais traitements qu’elles ont subis. [64]

Ce travail, comme le souligne le ministère, n’a été possible qu’en raison de la ténacité des journalistes et des DDHF dans un environnement profondément difficile et dangereux. Ce n’est que lorsque l’on commence à voir la discussion très limitée sur les viols des années 90 comme un pas en avant qu’on peut comprendre les obstacles auxquels ont été confrontés les DDHF algériens dans leurs efforts pour documenter les années 90.

V.            La signification du viol jihadiste

L’une des façons dont les DDHF algériens ont combattu contre le Groupe islamique armé (GIA) dans les années 90 fut  d’analyser la violence fondamentaliste en termes féministes – en tant que spécialistes des sciences sociales, en tant qu’experts techniques et défenseurs des droits de l’homme. Cette analyse reste instructive aujourd’hui à l’époque de Boko Haram et d’ISIS, mais elle n’est pas consultée à l’échelle internationale dans ce contexte alors qu’elle devrait l’être. Pour l’Association Rachda, l’un des groupes algériens de la DDHF qui a été profondément impliqué dans le projet de documenter et d’opposer les crimes des fondamentalistes en general, et les viols en particulier, les viols massifs commis par les fondamentalistes dans les années 90 étaient l’expression logique de l’idéologie fondamentaliste et de la misogynie. À leur base, des attitudes qui constituaient elles-mêmes des violations des normes du droit international en matière de discrimination et de droits de l’homme. [65]  Ce n’était pas une violence incidente sur le conflit, mais plutôt une forme très spécifique de praxis, idéologiquement motivée. Ces attaques contre les femmes découlent naturellement des agressions antérieures commises par les fondamentalistes algériens sur les femmes algériennes, avant le début du conflit, y compris les veuves qui ne se sont pas remariées et d’autres femmes qui vivent seules. “Cette violence absolue n’est ni un reflet de la folie collective, ni de la perversité ni du sadisme des individus particuliers … mais est la conséquence d’un projet politique dans lequel toutes les pratiques reposent sur des justifications juridico-religieuses”.[66]

En fait, les fondamentalistes algériens comptent souvent sur une pratique archaïque rarement utilisée dans l’Islam sunnite appelée zaouaj el muta ou mariage temporaire pour justifier les viols. [67] Les victimes sont devenues, brièvement et involontairement, leurs femmes, rendant leurs crimes licites et leur viols un devoir marital. Le mariage forcé a été imposé comme un droit coutumier et est devenu la justification «juridico-religieuse» du viol de masse. Cette tentative de justification a été rejetée par la plupart de la population en Algérie et a outragé les défenseurs des droits des femmes.

Ces défenseurs des droits des femmes ont également compris que la discrimination sous-jacente et omniprésente contre les femmes dans la société algérienne a facilité les viols et a frustré les efforts visant à les prévenir et à les résoudre. «Si nous commençons par le viol, nous ne pouvons pas en parler sans son histoire et ce qui l’a précédé», affirme Cherifa Kheddar. [68] En particulier, le code de la famille régressif algérien – que les DDHF avaient longtemps opposé parce qu’il réduisait les femmes à des mineurs en situation maritale – avait également rendu le terrain fertile pour les arguments avancés par le GIA sur la légitimité des mariages involontaires. “Maintenant, nous sommes assassinées par les fondamentalistes, mais avant cela, nous avons été assassinées par le code de la famille qui a été approuvé par une Assemblée nationale conservatrice”, a déclaré Ouessila Si Saber, militante du Rallye algérienne des femmes démocratiques (RAFD) en 1994. [69] Les prémisses fondamentales de la violence fondamentaliste contre les femmes sont également à la base du code de la famille: le corps des femmes, leurs enfants, leur travail et leur sexualité doivent être légalement réglementés et contrôlés par les hommes. [70] De nombreuses femmes algériennes ont vivement rejeté les deux versions de cet ordre du jour.

Les commentateurs féministes algériens ont également noté l’intention “purificatrice” de la violence fondamentaliste en Algérie, qui était unique aux groupes armés non étatiques. Par exemple, la sociologue et la DDHF Dalila Iamarène-Djerbal, documente les nombreuses déclarations faites par le parti politique fondamentaliste connu sous le nom de Front islamique du salut (FIS) à la fois décrivant la nature impie de la société algérienne et demandant expressément le contrôle des femmes afin de éviter le fitna (désordre). [71]  Le FIS, note-t-elle, a assumé la responsabilité de la «purification sociale» et l’a ouvertement déclaré dans son journal Al Munqid. [72] Pour elle, les viols doivent être compris dans le contexte des revendications fondamentalistes pour la ségrégation entre les sexes, pour le voile forcé des femmes, pour les femmes qui ne travaillent pas et dans le contexte d’une violence avant conflit, y compris des assassinats fondamentalistes organisés dans les dortoirs féminins. [73] Pour la psychologue féministe Cherifa Bouatta, la violence fondamentaliste a été enracinée non seulement dans la discrimination à l’égard des femmes, mais aussi dans la détermination takfiri que «personne n’est avec nous, personne n’est accepté, sauf ceux qui ont le même idéal religieux» et la quête pour éliminer les «autres» musulmans («mauvais») et parvenir ainsi à la «pureté raciale, identitaire et religieuse».[74] Les analyses de ces chercheurs et activistes féministes algériens sont rapidement confirmées en lisant un communiqué unique publié par le GIA dans El Djamaa produit à Londres:

Lorsque vous entendez parler de l’égorgement des femmes, des enfants et des personnes âgées dans les villages, sachez qu’ils sont les alliés des apostats, ou que l’application de communiqués concernant … celles qui ne portent pas le djilbab [long vêtement qui couvre tout le corps] … Il n’y a pas d’opérations indiscriminées ou anarchiques … Nos mujahidin choisissent leurs victimes … Les femmes qui marchent presque nues et qui portent des bijoux, qui portent des parfums et favorisent la prostitution … Si nos ancêtres n’étaient pas morts, ils auraient tué tous ces femmes ou elles auraient pu commencer par nous tuer parce que nous avons permis à ces femmes de se comporter de telle manière. [75]

Réfléchissant sur de telles attitudes, Salima Tlemcani a expliqué que les groupes armés avaient utilisé le viol des femmes comme méthode de terrorisme en raison du rôle symbolique des femmes dans la société algérienne. “Si vous la touchez, vous enlevez tout …” Elle est la source de la vie, l’honneur de la famille et de tout l’environnement “.[76]  Ce rôle pourrait être horriblement retourné sur la société elle-même comme une arme de ces milices théocratiques.

Une femme violée devient la honte de toute la famille, la tribu, le quartier. Vous tuez une femme qui ne porte pas le voile, puis le lendemain, tout le quartier le portera parce que personne ne laissera sa femme ou sa fille sortir sans le voile. Ils ont bien pesé les conséquences d’une telle violence sur l’environnement. C’est avec violence que vous poussez les autres à suivre et à intégrer et à adapter le moule qu’ils ont préparé pour la société. [77]

VI.          Conclusion

L’histoire du viol des femmes algériennes par des groupes djihadistes il y a maintenant une vingtaine d’années – la façon dont cela s’est passé, la façon dont cela fut négligé, la façon dont les victimes ont été négligées et oubliées – devrait provoquer l’indignation, encore aujourd’hui, parmi la communauté internationale qui a commencé à se réveiller en ce qui concerne la nécessité de lutter contre la violence sexuelle dans les conflits armés au niveau mondial. Cette histoire devrait être également étudiée dans les regions du monde, majoritairement arabes et musulmanes, où une violence similaire se poursuit encore aujourd’hui. Il doit y avoir des appels à la responsabilité à l’échelle internationale, régionale et nationale en ce qui concerne les atrocités des années 1990. Ils sont toujours importants, tant en termes de justice que de prévention. Bien que deux décennies se soient écoulées depuis l’aube de la «décennie noire», il n’est pas trop tard pour l’arc de la justice.

La question du viol jihadiste est également urgente aujourd’hui. Le soi-disant «État islamique» en 2014 a publié dans son épouvantable journal de langue anglaise Dabiq un article intitulé «Le renouveau de l’esclavage: avant l’heure» dans lequel il défend l’esclavage sexuel des femmes Yazidi, un groupe minoritaire irakien. [78]  Tout comme les groupes fondamentalistes armés algériens, ce soi-dianst etat parle ouvertement des abus contre les femmes, qu’il mène à titre politique. Heureusement, cette nouvelle vague de viols jihadistes et d’esclavage orchestrés ne passent pas inaperçus a l’international. Cependant, ces abus ne peuvent être effectivement arrêtés et ces victimes ne recevront une réparation complète que si nous écoutons les voix des femmes qui l’ont enduré dans le passé et que si nous apprenons les leçons tireées du travail des DDHF algériens qui ont risqué leur vie pour exposer et interpréter ce genre de pratiques.

De plus, compte tenu des justifications religio-juridiques de ces pratiques spécifiques fondées sur le dogme fondamentaliste musulman qu’elles ont documenté dans les années 90 – propagande de l’atrocité – justification qui continue d’être diffusée aujourd’hui par les héritiers idéologiques du Groupe islamique armé algérien – nous devons aujourd’hui tirer des leçons. Pour lutter contre d’analogues violences contemporaines, nous ne pouvons pas simplement attaquer les symptômes horribles que représentent ces abus. Comme les DDHF algériens ou comme Cherifa Kheddar qui ont insisté, nous devons également guérir la maladie elle-même – à savoir lutter contre l’idéologie fondamentaliste.

 

[1] Mustapha Benfodil, The Soliloquy of Cherifa, http://www.wluml.org/node/7090

[2] Zahia Smail Salhi, Lecture: Gender and Violence in Algeria: Women’s Resistance against the Islamist Femicide, Nov. 1, 2011, disponible à  www.lse.ac.uk/middleEastCentre/Events/ZahiSalhiLecture.doc (“.”)

[3] Interview avec Cherifa Bouatta, June 20, 2013, Alger, Algérie (notes on file with the author).

[4] Inter alia, note the discussion in Report of the Special Rapporteur, Mr. Nigel S. Rodley, submitted pursuant to Commission on Human Rights resolution 1992/32, January 12, 1995, E/CN.4/1995/34, paras. 15-24.

[5] Security Council Resolution 2106, June 24, 2013,  para. 2, available at http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=S/RES/2106(2013) (adopted unanimously).

[6] Cet article utilise la même définition de l’esclavage dans son contexte que le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le viol systématique, l’esclavage sexuel et les pratiques analogues à l’esclavage pendant les conflits armés dans son rapport de 1998 à la Commission des droits de l’homme. “Conformément à la Convention sur l’esclavage de 1926,« l’esclavage »doit être compris comme étant le statut ou l’état d’une personne sur laquelle s’exerce tout ou partie des pouvoirs attachés au droit de propriété, y compris l’accès sexuel par le viol ou d’autres formes de Violence sexuelle “. Rapport final présenté par Mme Gay J. McDougall, Rapporteur spécial, Viol systématique, esclavage sexuel et pratiques analogues à l’esclavage pendant les conflits armés, E / EN.4 / Sub.2 / 1998/13, 22 juin 1998 , Par. 27. Cette définition est particulièrement appropriée dans un contexte où les groupes armés fondamentalistes croyaient – et ont articulé – que les femmes étaient comme tout autre type de biens tirés de leurs adversaires masculins et devaient être confisqués et divisés en tant que tels.

[7] Kelly D. Askin, Prosecuting Wartime Rape and Other Gender-Related Crimes Under International Law: Extraordinary Advances, Enduring Obstacles, 21 Berkeley J. Int’l L. 288 (2003).

[8] Note, e.g., the transnational cases involving American, Serb, Pakistani and Japanese perpetrators documented in the opening of Tamara Tompkins, Prosecuting Rape as a War Crime: Speaking the Unspeakable, 79 Notre Dame L. Rev 845 (1995).

[9] Par exemple, le Secrétaire général de l’ONU a signalé en 2013 que dans les groupes armés radicaux du Yémen, dont Ansar al-Shari’a, des groupes armés islamistes liés à Al-Qaida dans la péninsule arabique … aurait commis une série de droits de l’homme Les abus, y compris en obligeant les jeunes filles à se marier et, par la suite, à l’esclavage sexuel … ” Sexual violence in conflict, Report of the Secretary General, March 14, 2013,  A/67/792, at para 91.

[10]  Voir e.g., Yifat Susskind, What will it take to stop ISIS using rape as a weapon of war?,  Feb. 18, 2015, http://www.owfi.info/EN/article/what-will-it-take-to-stop-isis-using-rape-as-a-weapon-of-war/.

[11] Hundreds march over Nigeria girls school kidnappings, The Guardian,  April 30, 2014, http://www.theguardian.com/world/2014/apr/30/hundreds-march-nigeria-chibok-schoolgirl-kidnappings-boko-haram.  Pour une description des conséquences horribles de ces enlèvements, voir Adam Nossiter, Former Captives in Nigeria Tell of Mass Rapes, New York Times, May 19, 2015 at A1.

[12] Adam Nossiter, Nigerian Islamist Leader Threatens to Sell Kidnapped Girls, New York Times, May 5, 2014, http://www.nytimes.com/2014/05/06/world/africa/nigeria-kidnapped-girls.html?_r=0.

[13] Pour une explication plus détaillée de ces événements et des témoignages de la victime de la «décennie noire», voir Karima Bennoune, ‘Your Fatwa Does Not Apply Here: Untold Stories from the Fight Against Muslim Fundamentalism 156-189 (2013). Notez que la terminologie est controversée. Beaucoup d’Algériens préfèrent ne pas utiliser le terme «guerre civile» pour décrire ce qui s’est passé dans les années 1990, mais plutôt «guerre contre les civils». D’autres utilisent ce terme. En tant que sujet de jure, il ne fait aucun doute que l’ampleur et la nature de la violence dans le pays constituaient un conflit armé interne aux fins du droit international humanitaire, atteignant le niveau requis par l’article 3 commun des Conventions de Genève. Cependant, plutôt qu’un “conflit armé … entre les forces armées [de l’état] et … d’autres groupes armés organisés” dans le langage du Protocole additionnel II aux Conventions de Genève, une grande partie de la violence a été dirigée par les groupes armés non étatiques contre la population civile, qui était parfois, mais avec une fréquence plus faible, également soumise à des abus commis par les forces de l’État.

[14] Marieme Hélie-Lucas, sociologue algérienne qui a fondé le Réseau des femmes vivant sous les lois musulmanes (WLUML), définit les fondamentalismes en général comme des «mouvements politiques de l’extrême droite qui, dans un contexte de mondialisation … manipulent la religion … afin de réaliser leur politique Objectifs. “MA Hélie-Lucas,” Quelle est votre tribu? Les luttes féminines et la construction de la musulmane “dans le Dossier 23/24, éd. Harsh Kapoor (Londres: femmes vivant sous les lois musulmanes (2001), 49, 54. Cette façon de comprendre le phénomène souligne le fait que ces mouvements sont principalement politiques plutôt que spirituels. Même les mots pour décrire les parties dans les années 1990 sont très controversés. Je préfère le «fondamentalisme musulman» et les «groupes armés fondamentalistes» à des alternatives comme «l’islamisme» ou le «radicalisme», même si je peux les utiliser occasionnellement pour la variété ou les citations. La raison pour laquelle je préfère le «fondamentalisme» est qu’il s’applique à travers les limites religieuses des mouvements contemporains dans toutes les grandes traditions religieuses du monde – et pas seulement l’islam, mais aussi le christianisme, l’hindouisme, le judaïsme et d’autres. Ces mouvements sont de plus en plus puissants et posent une variété de problèmes de droits de l’homme, en particulier pour les femmes. Ce problème dépasse les frontières religieuses. Christine Chinkin et Hilary Charlesworth affirment que «l’extrémisme religieux» en général est l’un des deux principaux obstacles à l’avancement des droits humains des femmes à l’ère contemporaine. Hilary Charlesworth et Christine Chinkin, The boundaries of international law: A feminist analysis 249 (2000). L’intégrisme musulman a également ses propres spécificités. C’est l’un des fondamentalismes les plus réellement transnationaux, notoire pour l’omniprésence de ses adhérents et la sophistication et la portée de ses groupes armés. Notez qu’en Algérie, ce que j’appelle les «groupes armés fondamentalistes» sont souvent appelés simplement «terroristes».

[15] Interview avec Salima Tlemcani, Nov. 24, 2010, Alger, Algérie.

[16] Id.

[17] Pour plus d’informations sur cette question, voir Karima Bennoune, That’s Not My Daughter: The Paradoxes of Documenting Jihadist Mass Rape in 1990s Algeria and Beyond, in The Oxford Handbook of Gender and Armed Conflict (Fionnuala Ní Aoláin and Dina Haynes eds., Oxford University Press, forthcoming 2015).

[18] C’est une manifestation de l’approche imparfaite prise par de nombreuses ONG internationales des droits de l’homme, à propos de la situation en Algérie dans les années 90, qui ont été fortement critiquées par de nombreux défenseurs locaux des droits de l’homme, en particulier les DDHF. Reflétant le biais traditionnel du travail sur des violations dites «privées» (avec toutes ses implications spécifiques relatives au genre), les principaux groupes internationaux des droits de l’homme se sont concentrés sur les abus commis par l’Etat algérien et ont beaucoup moins discuté les abus beaucoup plus répandus par les groupes non étatiques armés. Voir, par exemple, “Repression and violence must end,” Amnesty International, October 1994, MDE 28/08/94, 6; and “Algeria: a human rights crisis,” Amnesty International, AI Index: MDE 28/36/07. Ce paradigme de travail dans le domaine des droits de l’homme n’a commencé à changer que dans les années 1990. Les acteurs internationaux des droits de l’homme n’ont pas non plus transmis la menace posée aux droits de l’homme par l’agenda fondamentaliste lui-même, souvent positionnant les «islamistes» en tant que victimes de l’État. Voir, par exemple, la discussion de ce problème dans Your Fatwa Does Not Apply Here, supra note 13 à 185.

Cette approche a provoqué une lettre de protestation au secrétaire général d’Amnesty International à l’époque, Pierre Sané, de plusieurs défenseurs des droits de l’homme dans la section algérienne d’Amnesty – y compris les membres fondateurs de la section et les défenseurs des droits des femmes – demandant au groupe de consacrer plus son attention sur les abus des acteurs non étatiques et de ne pas appliquer aux années 1990 le cadre de la Deuxième Guerre mondiale qui ne tient pas en compte de tells abus. Ceux qui ont rédigé la lettre ont ensuite été expulsés de l’organisation. Entretien avec Louisa Aït Hamou, professeur à l’Université d’Alger et membre du réseau Wassila, Alger, Algérie, octobre 2010 (transcription déposée auprès de l’auteur). Comme l’a dit une DDHF, expliquant sa signature de la lettre: «Honnêtement, c’était trop. Ils ont clairement défendu les islamistes en tant que tels. Cela m’a fait mal … Lorsque vous vivez une situation d’horreur, vous ne pouvez pas faire semblant de ne pas voir … Je pensais qu’ils étaient vraiment injustes et que quelque chose de très important s’était produite et qu’ils refusaient de voir. Ils refusaient de changer”. Id.

[19] Alors que les ONG algériennes de défense des droits de l’homme et les ONG composées de victimes du terrorisme ont documenté ces viols systématiques par les groupes armés fondamentalistes pendant les années 2000 et immédiatement après le calendrier dans lequel elles se sont produites, les principaux groupes internationaux de défense des droits de l’homme ont seulement mentionné la question en passant, en la minimisant et en publiant un seul rapport dédié sur le sujet que j’ai pu localiser. En 1996, Human Rights Watch a suggéré que les «criminels communs» pouvaient être responsables. Rapport mondial 1996: l’Algérie, “Human Rights Watch, accès le 24 août 2012, http://www.hrw.org/reports/1996/WR96/MIDEAST-01.htm#P137_26320. Amnesty International a régulièrement mentionné des «réclamations» au sujet de ces viols, tout en affirmant les abus du gouvernement comme confirmés. En 2004, dans un rapport indirect au comité de la CEDAW des Nations Unies, il a été noté en passant que “des centaines de femmes et de filles aurait été soumises à la violence sexuelle par des groupes armés pendant le conflit interne”. Algeria: Briefing to the Committee on the Elimination of Discrimination Against Women,” Amnesty International, December 2004, AI Index: MDE 28/011/2004, 12.

[20] Voir discussion in Your Fatwa Does Not Apply Here, supra note 13, at 172.

[21] Agence France Press, Those who deserve to die, available at http://www.library.cornell.edu/colldev/mideast/3gia.htm.

[22] Moreover, women victims of the fundamentalists, and female family members of male victims of the armed groups, were often re-victimized by a state that failed to recognize their suffering, or to meet their needs. The same thing was true for the female family members of men who were victims of state abuses.  The dynamics of victimhood were complex and multifarious.  Voir discussion and case studies in Victimes des deux côtés, in Collectif 95 Maghreb Egalité, Violences à l’égard des femmes et violations de leurs droits (Algérie – Maroc-Tunisie), Annual Report 1996-1997, December 1997, at 57-61.

[23] Report of the Special Rapporteur on violence against women, its causes and consequences, Ms. Radhika Coomaraswamy, submitted in accordance with Commission resolution 1997/44, E/CN.4/1998/54, Jan. 26, 1998, para. 23.

[24] Violences à l’égard des femmes et violations de leurs droits (Algérie – Maroc-Tunisie), supra note 22, at 57.   For further accounts of these rapes Voir Rachda, Femmes contre l’oubli, Vol. II, at 13-37 (2002); and  Salhi, supra note 2.

[25] Rachda, Temps de viols et de terrorisme 21 (2004).

[26] Liess Boukra, Algérie: La terreur sacrée 280 (2002) (translated by the author).

[27] Temps de viols et de terrorisme, supra note 25 at 13 (translated by the author).

[28] In the fundamentalist lexicon, the word taghout (tyrants) refers to the regimes of most Muslim majority countries that are deemed insufficiently Islamic.  Note that those to whom they impute such support for the Algerian government often included anyone who did not overtly support the fundamentalists.

[29] Violences à l’égard des femmes et violations de leurs droits (Algérie – Maroc-Tunisie), supra note 22, at 57 (emphasis added) (translated by the author).

[30] Id.

[31] Temps de viols et de terrorisme, supra note 25, at 37.

[32] Id. at 35.

[33] Abla Cherif, Femmes Violées: La descente aux enfers, El Watan, Oct. 16, 1994, at 2.

[34] La famille de Tlemcani a insisté sur le fait qu’elle utilize un nom d’emprunt durant les années 90 en raison du danger intense associé à son travail. Voir discussion dans Your Fatwa Does Not Apply Here, supra note 13 at 140.

[35] Interview avec Salima Tlemcani, supra note 15.

[36] Zazi Sadou, Le martyre des femmes violées, El Watan, January 11, 1995, at 1.

[37] Id. at 3.

[38] Interview avec Cherifa Kheddar, July 18, 2014 (Algiers, Algeria) (transcription enregistree avec l’auteur).

[39] Id.

[40] Id.

[41] Id.

[42] Collectif 95 Maghreb Egalité, Al Unf dad al nisa biljazair: Istimal al ilightisab kasilah filharb (Violence against women in Algeria: The use of rape as a weapon of war), in Maghrebin women between symbolic violence and physical violence 101 (1999).

[43] Interview avec Salima Tlemcani, supra note 15.

[44] Cité dans Rachda, Le viol et la violence intégristes, in Femmes contre l’oubli, supra note 24 at 27-28.

[45] Temps de viols et de terrorisme, supra note 25, at 35.

[46] Interview avec Cherifa Kheddar, July 18, 2014, supra note 38.

[47] Id. at 93-95.

[48] Id.

[49] Interview avec Salima Tlemcani, supra note 15.

[50] Les femmes violées ont été omis de “L’instruction relative à l’indemnisation des victimes du terrorisme complétant celles du 10 avril 1994 (94/91 et 94/86)”, les procédures d’indemnisation adoptées par le conseil d’administration le 5 février, 1997. Voir Violences à l’égard des femmes et violations de leurs droits (Algérie – Maroc-Tunisie), supra note 20, à 57 ans.

[51] Voir Hadjer Guenanfa, Les femmes violées par des terroristes reconnues comme victimes, TSA, Fevrier 4, 2014, disponible à http://www.tsa-algerie.com/actualite/item/4738-les-femmes-violees-par-des-terroristes-reconnues-comme-victimes-d-acte-de-terrorisme.

[52] Interview avec Salima Tlemcani, supra note 15.

[53] Leila Aslaoui, Coupables 74 (2006).

[54] Voir, e.g., Mustapha Benfodil, Zarta!(2000); and Mustapha Benfodil, L’archaeologie de chaos (Amoureux) 112-114(2008).

[55] Voir Coline Miliard, Censored Algerian Artist Mustapha Benfodil on His Part in the Sharjah Biennial Controversy, Avril 14, 2011, Art Info UK,  http://www.blouinartinfo.com/news/story/37461/censored-algerian-artist-mustapha-benfodil-on-his-part-in-the-sharjah-biennial-controversy?page=3#.

[56] Mustapha Benfodil, Algeria: Art about women raped by fundamentalist armed groups censored, April 6, 2011, disponible à  http://www.wluml.org/node/7089.

[57] Abdal Hakim Murad, Defend Holy Sensibilities, The Art Newspaper, April 29, 2011, available at http://www.theartnewspaper.com/articles/Defend+holy+sensibilities/23640.

[58] The Soliloquy of Cherifa, supra note 1.

[59] Id.

[60] Il n’y avait que deux exceptions à cela: 1) le Tribunal mondial pour la responsabilité des violations des droits de l’homme des femmes, un tribunal purement organisé par des ONG de femmes sur un large éventail de situations de pays lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes en 1995, à laquelle Zazi Sadou a témoigné de l’expérience des victimes de violences algériennes. (Voir SANS RÉSERVATION: LE TRIBUNAL DE BEIJING SUR LA RESPONSABILITÉ POUR LES DROITS DE LA FEMME (Niamh Reilly 1996)) et 2) les litiges remarquables mais finalement infructueux apportés aux États-Unis contre le Front islamique du salut et son porte-parole Anwar Haddam par le pionnier de l’ATCA Rhonda Copelon en vertu de la loi Alien Tort Claims Act dans Doe c. Haddam. Voir Karima Bennoune, The Paradoxical Feminist Quest for Remedy: une étude de cas de Jane Doe c. Islamic Salvation Front et Anwar Haddam, 11 Int’l Crim. L. Rev. 579-587 (2011).

[61]Publié par décret presidentiel  (05-278), Aout 14, 2005, la leégislation habilitante était 06-01 datant du 28 Feévrier, 2006.  Voir discussion in George Joffé, National Reconciliation and General Amnesty in Algeria, 13 Mediterranean Politics 213-228 (2008).

[62] Voir discussion in Your Fatwa Does Not Apply Here, supra note 13 at 161-162.

[63] Il est intéressant de noter, par exemple, que l’emblématique Louisette Ighilahriz, vétéran de la guerre d’indépendance, a seulement écrit sur son propre viol aux mains de ses ravisseurs français en 2001. Louisette Ighilahriz, L’ALGÉRIENNE (2001). Cela aurait été à la fois pour des raisons familiales et en raison des événements des années 1990.

[64] Republique Algerienne Democratique et Populaire, Ministère de la Santé et de la Population, Institut National de Santé Publique, Violences contre les femmes: prise en charge et intersectorialité: Actes du Séminaire, Oct. 27-29, 2001 at 17.

[65] Temps de viols et de terrorisme , supra note 25 at 44.

[66] Temps de viols et de terrorisme , supra note 25 at 45.

[67] See, e.g., Mariage de Jouissance: Une pratique chiite d’un âge révolu, El Watan, Nov. 9, 1994, at 3.

[68] Interview with Cherifa Kheddar, July 18, 2014, supra note 38.

[69] Interview with Ouessila Si Saber, November 28, 1994, Algiers, Algeria (notes on file with the author).

[70] Karima Bennoune, Between Betrayal and Betrayal: Fundamentalism, Family Law and Feminist Struggle in Algeria, 17 Arab Studies Q. 51 (1995).

[71] Dalila Iamarène-Djerbal, La violence Islamiste contre les femmes, Naqd, No. 22/23, Fall/Winter 2006 at 103, 11.

[72] Id.

[73] See Women Living Under Muslim Laws, Compilation of information on the situation in Algeria, Women’s Resistance and Solidarity around the World, N⁰ 1, March 1995.

[74] Chérifa Bouatta, Les traumatismes collectifs en Algérie 176 (2007).

[75] Cited in Rachda, Le viol et la violence intégristes, in Femmes contre l’oubli , supra note 24, at 14.

[76] Interview with Salima Tlemcani, supra note 15.

[77] Id.

[78] Islamic State, The Revival of Slavery Before the Hour, Dabiq Magazine, Issue 4, October 2014, at 14-17,  available at http://media.clarionproject.org/files/islamic-state/islamic-state-isis-magazine-Issue-4-the-failed-crusade.pdf.

 

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